Interview de Construire en bois vu par 6 acteurs de la filière (Aquitaine) (21/11/2008)

-Construire en bois vu par 6 acteurs de la filière (Aquitaine)
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    •  (21/11/2008)















    • Claude Mondoloni (Société ACM)
      « La demande est de plus en plus forte », constate Claude Mondoloni, gérant d’ACM, société de Biganos (Gironde) spécialisée dans la construction bioclimatique et les matériaux écologiques. Le projet bois représente désormais l’intégralité de son secteur construction. « Pour autant, nous manquons sérieusement de professionnels ayant une bonne connaissance des matériaux naturels et d’un vrai savoir-faire en matière d’isolation. Ma crainte, avec l’engouement actuel pour la construction bois et la prolifération d’entreprises dites spécialisées, c’est que l’on voie apparaître de plus en plus de malfaçons et que cela dissuade le client. »

      Dès lors, ACM a des projets de chantier-école, de voyage (pour les professionnels) auprès de ses fournisseurs en Allemagne, de session (pour particuliers) sur l’autoconstruction et de rédaction d’une charte de la maison écologique. « Nos essences, certifiés PEFC ou FSC, proviennent de France essentiellement et c’est aussi ce qui plait à la clientèle. Nous faisons beaucoup de douglas, mais aussi du pin maritime en parement intérieur et du pin sylvestre, même s’il vient d’un peu plus loin. La démarche écologique passe aussi par le bon choix de ses essences et de leur origine.»


      Serge Goacolou (Société Goacolou)
      « En Aquitaine, la clientèle a évolué. Il y a quelques années, le profil type, c’était un homme ayant voyagé, aux États-Unis ou dans les pays scandinaves. Aujourd’hui, la maison bois séduit toutes les catégories de la société et tous les âges », analyse Serge Goacolou, gérant de la société éponyme, basée à Casteljaloux (Lot-et-Garonne). « Les lieux d’implantation ont évolué aussi : la maison bois a gagné la campagne alors qu’avant, on construisait surtout sur la côte ou sur le bassin d’Arcachon. La demande est plus spécifique aussi, notamment dans les matériaux d’isolation. Les produits classiques, type laine de verre, sont délaissés au profit de la fibre de bois ou la ouate de cellulose, qui offrent une forte inertie thermique et un déphasage intéressant. On nous demande peu de bois locaux. Nous travaillons beaucoup le douglas et le mélèze, ainsi que le red cedar et le bois rétifié. »
      La crise immobilière ne touche pas directement la société, qui a réalisé une vingtaine de commandes, pour des budgets de 100 000 à 500 000 euros, depuis le début de l’année. « La flambée des prix du foncier et la difficulté, pour certains clients, de revendre leur habitation afin de financer leur projet bois, ralentissent un peu les choses. »


      Christian Bouché (Architecte Conseil/CAUE 64)
      « Le bois ne fait pas dans la demi-mesure. L’engouement dont il fait l’objet aujourd’hui est à la mesure de l’hostilité qu’il suscitait il y a encore une dizaine d’années », estime Christian Bouché, architecte conseil au CAUE (Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) des Pyrénées-Atlantiques. « Le terme « maison bois » est d’ailleurs ambigu. La démarche écologique qu’on lui associe ne doit pas faire oublier les traitements au sel de bore ou à l’arsenic longtemps pratiqués ».
      De même, l’architecte constate une méconnaissance – « une absence de culture » - du public quant au comportement esthétique du matériau dans le temps : « Laisser un bois griser, c’est en accepter les stades intermédiaires. Une façade située à l’ouest sera déjà atteinte tandis que celle située à l’est aura encore sa couleur d’origine. Tout le monde ne va pas le supporter. L’usage conjoint de matériaux, par exemple maçonnerie/bois, peut être une bonne alternative d’autant qu’elle contribue à exalter les qualités esthétiques du bois ».
      C’est ainsi que, dans les Pyrénées-Atlantiques, la façade en bardage fleurit partout, bien acceptée par toutes les instances décisionnaires.


      Gérard Brives (Société Brives Constructions)
      « Malgré la conjoncture, la clientèle est toujours aussi présente et de mieux en mieux informée », relève Gérard Brives, créateur d’une entreprise de construction à son nom à Saint-Pardoux-la-Rivière (Dordogne). « Nous construisons surtout en épicéa, français ou d’Europe du Nord, avec des bardages en douglas et un choix de lasures de plus en plus grand. L’avantage du bois, c’est d’être très libre au niveau des formes et des volumes. Quant à la qualité du matériau, elle ne peut pas décevoir, à condition d’être travaillé par des professionnels. L’activité progresse bien mais nous ne représentons encore que 4 % du marché immobilier. Je suis persuadé que nous atteindrons les 10 %. Sous réserve que nous sachions développer une fabrication semi-industrielle : nous ne sommes que 200 constructeurs français à le faire ».
      Et Gérard Brives d’insister sur les garanties (dommage ouvrage, décennale…) apportées par les contrats de CMI (Constructeur de Maisons Individuelles). « Sans compter que nous avons un bureau d’études intégré, qui permet de travailler bien en amont sur l’assemblage, autant que sur l’isolation en conformité avec la RT 2005 et bientôt 2010 ».


      Bruno Layère (Société Bois du Monde)
      « La conjoncture ne dissuade pas, elle ralentit l’achat ! ». Tel est le diagnostic établi depuis Camblannes-et-Meynac (Gironde) par l’importateur et négociant Bruno Layère, toujours en contact direct avec la clientèle de sa société, Bois du Monde. « Un beau parquet coûte au minimum 50 euros/m2 TTC. Mais les particuliers qui viennent nous voir sont prêts à sacrifier un autre poste budgétaire pour avoir l’essence de leur choix. Les pièces d’une maison peuvent être aussi habillées au fur et à mesure : en quinze ans, nous avons appris à travailler à moyen et long terme, afin que le client n’ait pas de regrets. La tendance en décoration, c’est l’ambiance bois dans les salles de bains, la belle bibliothèque mais aussi le grand retour du parquet en chêne cloué, collé à l’aspect cérusé ou vieilli artificiellement. ». Fier de l’éthique professionnelle qui règne au sein de l’entreprise, Bruno Layère rappelle qu’il a fallu toutes ces années pour se construire une identité : « La confiance est essentielle dans notre univers. Nous, par exemple, nous avons une traçabilité parfaite de nos bois exotiques. Du coup, nous livrons dans toute la France mais aussi en Espagne et en Suisse. C’est la reconnaissance de la qualité ».

      Stéphane Latour (Société Fiba)
      « Le pin maritime est en pleine renaissance en Aquitaine. » Stéphane Latour, le directeur de la Fédération des industries du bois d’Aquitaine (FIBA), se réjouit de la bonne santé de l’essence locale (90 % de la récolte régionale). « Sa commercialisation en décoration intérieure est en plein développement. Le pin maritime est ainsi la première essence utilisée en parquet massif. Quant au lambris, qui a subi une crise importante, il est en train de refaire surface dans la catégorie des produits à valeur ajoutée grâce à de nombreux investissements en R&D. »
      La FIBA, qui regroupe exploitants forestiers, scieurs et industriels, constate aussi une évolution dans le domaine de la construction : toujours bois de structure pour charpentes traditionnelles et éléments d’ossature, le pin maritime se retrouve désormais aussi dans des panneaux de contreventement ou dans des caissons murs ou plafonds.
      Il faut dire que les industriels redoublent d’inventivité : le groupe Gascogne a mis au point un mur en pin massif, tandis que Sippa-Hazera s’est lancé dans le contrecollé pour des produits de structure de type poutre. « Des groupes de travail se sont créés. L’un des enjeux, c’est d’obtenir des pièces standardisées afin de répondre à de plus nombreuses demandes à travers l’Hexagone. Désormais, nous avons des projets en production. »

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