Résumé À qui profitera la crise ?
L’affaire semble entendue : le marché immobilier reflue. Le ministère du Logement a publié, pour le premier trimestre 2008, des chiffres éloquents : -28 % de logements vendus par rapport à la même période de 2007 ; -28 % de logements mis en vente ; -29,4 % en logements collectifs ; un encours de logements à vendre à un niveau jamais connu. En logements collectifs, le prix moyen est encore à la hausse (+3,5 %), mais déjà à la baisse (-1,8 %) pour les maisons individuelles. Une telle baisse pourrait être conjoncturelle, mais, au vu de l’environnement international, ne doit pas être sous-estimée. Certains en tirent des conclusions immédiates : des programmes immobiliers sont gelés, voire annulés.
De nombreuses questions se posent. Parmi celles-ci, l’impact éventuel de cette récession sur la construction bois, et sur la filière, n’est pas la moindre pour une industrie qui n’est qu’au début de son développement. Les raisons de cette crise sont multiples, et connues : la hausse du coût de la vie qui pèse sur la solvabilité des ménages ; celle des carburants, qui a le même effet, et fait plus hésiter à s’installer à la campagne, loin de son lieu de travail ; la hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne entraînant celle des crédits à la construction ; la frilosité des banquiers face aux risques qu’ils encourent sur les marchés mondiaux, et qui, de plus, observent les kilomètres parcourus (ou à parcourir) des candidats au crédit. Pour certains, « la crise est moins pire qu’on ne le dit », mais en économie la raison n’est pas toujours rationnelle. On craint la récession, donc on n’investit pas, donc on alimente la récession. La crise est accrue par l’idée de la crise. Ajoutons que la morosité, réelle ou supposée, amène des candidats à la construction ou à l’achat à tergiverser en escomptant une baisse supérieure. Une forme passive de spéculation à la baisse.
La construction bois a connu ces dernières années des progrès spectaculaires, même si ses parts de marché restent encore minimes. Jusqu’à il y a peu, la profession affichait un bel optimisme, comptant notamment sur le renchérissement de la facture énergétique et les contraintes environnementales croissantes pour accroître ses parts de marché, le bois répondant le mieux à ces défis. Cet enthousiasme va-t-il être douché ?
Comme chaque fois, il faut considérer les différents secteurs de la construction, ce qui vaut aussi pour les fournisseurs en amont, même si le jeu est beaucoup plus complexe cette fois-ci. Les premiers touchés par la crise sont les primo accédants, ces ménages avec peu ou pas d’apport, donc recourant au crédit. Leur pouvoir d’achat a diminué, leur crédibilité aussi. Leurs fournisseurs, qui offrent du mètre carré à 1 000 euros, seront les premiers concernés, d’autant que le coût du terrain ne baisse pas, et dépasse parfois le coût de la maison.
Deux secteurs semblent, en revanche, épargnés par le ralentissement. En premier, celui de la maison « d’architecte », entre 1 500 et 2 000 euros/m2. Car l’engouement pour le bois reste intact, de même que son intérêt financier en considérant le coût global sur le moyen terme, dont la facture énergétique. Là, le bois reste compétitif, mais pour ceux qui peuvent le payer. Les constructeurs de ces maisons sont aujourd’hui sereins. L’autre secteur en plein boum concerne l’extension-surélévation. En vogue depuis plusieurs années, il est renforcé par la crise montante : plutôt qu’investir dans du neuf, ou dans une maison plus grande, des propriétaires se replient sur une amélioration de leur actuel habitat, qui peut être en même temps quantitative (de nouveaux mètres carrés) et qualitative (une meilleure isolation). Des artisans très professionnels et très locaux y trouveront leur miel.
Dans le domaine tertiaire (commerces, équipements collectifs), la construction bois bénéficie a contrario de la crise des matières premières, en particulier de l’acier. Les constructeurs, et la filière, ne devraient pas être affectés.
Il reste enfin le logement collectif, considéré comme l’avenir de la filière. Les quelques constructeurs concernés sont très sollicités. Les bailleurs sociaux, en particulier, sont très attentifs aux qualités du bois, ils ont des besoins considérables en logements neufs, et des ressources non négligeables. Deux éléments contrarient cependant cette vision optimiste. Le premier est national : les gros constructeurs, peu nombreux, présents sur ce marché, se trouvaient souvent seuls à répondre aux appels d’offre. Ils sont maintenant concurrencés par des groupements d’artisans « qui ont faim ». Un phénomène pouvant tirer les prix vers le bas, resserrer les marges, ce qui n’est pas très sain. Il peut aussi amener les industriels à davantage s’industrialiser, ce qui est nécessaire.
L’autre élément est international, plus lourd de menaces. La crise des « subprimes » a broyé la construction américaine. Les artisans américains ne chercheront pas à se refaire à l’exportation, mais qu’en sera-t-il des Canadiens beaucoup plus industrialisés ? En Espagne, la crise a asséché les chiffres d’affaires d’entreprises françaises exportatrices. La crise italienne saigne l’industrie du bois autrichienne, principal fournisseur. Et les entreprises allemandes, qui s’étaient massivement développées pour relever le défi de la reconstruction de l’ex-Allemagne de l’Est, ont fini ce travail. La situation est aujourd’hui la suivante : un marché français ouvert, un engouement pour le bois toujours réel, des industries trop peu industrielles. L’essor de la construction bois n’est pas forcément menacé par la crise immobilière actuelle, mais qui en sera l’artisan ? |