Résumé Sur-mesure ou surcoût : des avantages évolutifs pour le bois
Les pays producteurs de pétrole, pour le prix de leur baril ; les États-Unis, pour la faiblesse du dollar ; Gaz de France, ni Électricité de France, pour leurs augmentations tarifaires, ne l’avaient prévu, mais chaque mois qui passe renforce l’argumentaire commercial des constructeurs de maisons en bois. Les principaux atouts du bois aujourd’hui sont en effet ses qualités thermiques, estime Michel Perrin, directeur opérationnel au CNDB. Avant la rapidité de réalisation liée au matériau, avant la fiabilité de sa construction, avant même, peut-on regretter, le fait qu’il s’agit d’une ressource naturelle, renouvelable, nécessaire à la planète. Le porte-monnaie, plus que le respect de l’environnement, reste le facteur premier de la décision. Un baril à plus de 120 dollars, 10 % d’augmentation du prix du gaz en quelques mois, voilà qui interroge sur le surcoût à l’achat d’une maison en bois. Pensera-t-on un jour en coût global, sur plusieurs décennies, en intégrant le fonctionnement, dont les coûts de chauffage et de climatisation ?
On n’en est pas là, et nombreux sont les constructeurs à s’entendre répondre surcoût quand ils parlent isolation, moindre dépense énergétique, coût croissant des factures d’énergie. Certains ont tablé sur une hausse annuelle de 4 %( !) du prix du gaz pour compenser en 15 ans le surcoût de la construction, mais même aussi optimiste, l’argument tarde à convaincre. Le surcoût à l’achat, bien réel, reste l’obstacle majeur au développement massif de la filière bois construction.
On peut segmenter le marché de la construction bois en quatre parties principales : l’extension-surélévation de l’habitat, la maison individuelle, le logement collectif, et le tertiaire. Le surcoût estimé dans chacun de ces marchés n’est pas la même, le client non plus, particuliers ou collectivités.
S’il est un domaine où le choix en faveur du bois semble s’être imposé, c’est celui de l’extension-surélévation, en particulier en milieu urbain. Les difficultés d’accès aux maisons, de circulation, de stationnement, facilitent l’utilisation de ce matériau qui peut être livré prédécoupé et non assemblé, facilitant les travaux. Dans d’autres cas, la préfabrication limitera le temps d’intervention. L’extension, en outre, favorise l’intervention de petites équipes, artisans, TPE, sans investissements démesurés. Dans ces cas, la question du surcoût ne se pose pas et les réalisations abondent, améliorant souvent confort intérieur et esthétique extérieure.
Les collectivités qui commandent des équipements tertiaires (gymnases, salles communes, bâtiments éducatifs, ateliers), soucieuses du respect de l’environnement, font de plus en plus appel au bois. Les concepteurs intègrent dans leur équipe de l’ingénierie bois spécialisée, et les notions de conception, d’optimisation du matériau, sont mieux maîtrisées. La dimension même du bâtiment, son volume, amènent des solutions thermiques innovantes, et le bois intervient naturellement dans la construction. C’est ainsi qu’on voit des magasins, des gymnases, des stations d’autoroute, et de simples salles communales, en bois, parce que le choix de ce matériau, en particulier en lamellé-collé, s’y prête bien.
Restent la maison individuelle et le logement collectif. Pour la première, le surcoût n’est pas un obstacle, répond-on en consultant la presse spécialisée qui présente, le plus souvent, de belles et grandes maisons. Là où l’audace ou l’originalité architecturale efface toute autre considération. Mais on rencontre moins souvent des maisons « moyennes », celles pour lesquelles les constructeurs peinent à imposer l’idée de coût global.
Quant au collectif, l’essentiel du marché à venir, la notion de surcoût, longtemps posée par les bailleurs tenus à des prix étriqués, devrait s’estomper par les règlementations thermiques de plus en plus contraignantes. Un ensemble HLM en bois voici vingt ans pouvait être mal isolé, mal chauffé, l’office concerné faisait œuvre « écologique », mais qu’importent les factures d’électricité des locataires. Aujourd’hui, cela devient impossible. Le choix du bois devient, a contrario, un argument de gestion parce qu’en réduisant la facture de chauffage des habitants, les bailleurs sociaux remplissent leur mission et favorisent le paiement des loyers.
Le bois a cependant d’autres arguments à faire valoir que celui de moins-disant « énergétivore », même s’il est louable. La filière est encore marginale mais peut assurer son développement par l’amélioration de sa productivité, en s’industrialisant et en se mécanisant ; par une nécessaire adaptation des entreprises ; un meilleur dialogue entre architectes et constructeurs, pour mieux appréhender la technique propre de l’ossature dès la conception ; une évolution du pilotage du chantier pris en charge par les constructeurs bois, résume Michel Perrin.
En maisons bois, la demande croît, mais l’offre peine à suivre, ce qui renchérit les coûts et ouvre la porte à l’importation. La structure bois était très présente par le passé avant que les filières industrielles du béton et de l’acier ne dominent le secteur de la construction au xxe siècle. Il est peu banal que ce soit à l’occasion de la raréfaction de ressources limitées (gaz et pétrole) et néfastes pour la planète, que le bois doive son retour, lui qui est renouvelable et nécessaire à l’environnement. Qu’au moins, ce retour lui permette de faire « re » découvrir ses qualités multiples. |