Résumé Après le rapport Puech et le discours du chef de l’Etat,
La filière bois promue « économie nouvelle »
Aura-t-il fallu la crise qui frappe l’économie mondiale, dont celle de la France, pour que notre pays découvre sa forêt et les potentialités de sa filière bois ? Qu’importe ! Le président de la République a bel et bien commandé à Jean Puech, ancien ministre de l’Agriculture, un rapport sur le développement de l’ensemble de la filière. Ce dernier a été rédigé, et repris par le chef de l’Etat lors d’une visite à la scierie Siat Braun, à Urmatt (Bas-Rhin), le 19 mai. La filière bois participera de ces points de croissance que le candidat Sarkozy promettait de rechercher « avec les dents ».
Il était temps. La crise frappe le bâtiment, donc la filière, qui accuse un recul de 30 % de son chiffre d’affaires. Idem pour l’industrie qui, produisant moins, consomme moins d’emballages, etc.
Les obstacles au développement de la filière étaient analysés de longue date : forêt en fort développement depuis les années 1950, mais sous-exploitée ; atomisation extrême de la propriété forestière privée (3,5 millions de propriétaires se répartissent 11 millions d’hectares), et inorganisation ; atomisation de la profession (scierie, construction, ameublement) ; absence d’industries de taille critique permettant de travailler conjointement les bois d’œuvre, industrie, et énergie. On parvenait à l’absurde constat que développer la construction bois (notamment) aboutissait à accroître l’importation jusqu’à hisser le bois second responsable du déficit de la balance commerciale française (pour 6 milliards d’euros en 2008).
L’interprofession s’est d’abord félicitée que le rapport Puech prenne en compte à la fois la demande (le marché) et l’offre. Président du Conseil Forêt bois, Dominique Juillot y voit « un formidable élan, une vraie dynamique », ajoutant cependant que la profession « devait rester vigilante ».
La filière bois est consacrée « économie nouvelle », répondant aux nécessaires économies d’énergie, à la lutte contre le réchauffement climatique, et propre à développer recherche et innovation. Le rapport Puech, repris par le discours présidentiel, part de l’exploitation forestière. Trois mesures sont précisées. Les aides publiques de l’Etat et avantages fiscaux seront « conditionnés à l’exploitation effective de la forêt ». La forêt produira et les 3,5 millions de propriétaires privés (70 % de la forêt française) y sont incités. L’Office national des forêts (ONF) pourra, d’autre part, proposer des mandats de gestion à ceux qui n’exploitent pas. La forêt devra, enfin, fournir le tiers de l’effort national de progression des énergies nouvelles dans la consommation énergétique. De 9 % actuellement, les ENR doivent parvenir à 23% de cette consommation, d’ici 2020. Il faut sortir de la forêt 21 millions de mètres cubes de plus dans ce délai.
Le chef de l’Etat a également annoncé « le doublement, voire le triplement » du tarif d’achat obligatoire de l’électricité produite par le bois (biomasse, cogénération). La profession a retenu triplement !
Bois énergie et bois construction seront le « cœur de cible » d’un fonds stratégique d’investissement, doté de 100 millions d’euros. Son objectif est le développement des entreprises du bois (énergie, scieurs, panneaux, construction), leur permettant de se placer sur les marchés et appels d’offre.
L’Etat entend, dès 2010, « multiplier par 10 le seuil minimum d’utilisation du bois dans la construction neuve ». Le chef de l’Etat a proposé d’exempter de permis de construire (au profit d’une déclaration préalable) « toute réalisation d’isolation par l’extérieur (en bois) ne créant ni surface, ni volume habitable ». Le Grenelle de l’environnement avait fixé l’objectif de 38 % d’économie d’énergie d’ici 2020 par l’isolation des bâtiments. Jean Puech proposait aussi de « donner une impulsion aux collectivités » pour qu’elles construisent en bois, formulation non reprise.
La recherche et l’innovation (biomasse, énergie, autosuffisance des sites papetiers, matériaux pour le bâtiment et l’industrie, etc.) doivent enfin soutenir la filière, notamment via les sept pôles de compétitivité bois, ainsi que les pôles d’excellence rurale.
Le rapport Puech est ambitieux, la profession l’a reçu pour tel (regrettant l’oubli de l’ameublement), et le discours présidentiel l’a consacré. Mais que sera le chemin de la coupe aux lèvres ? La dotation du fonds d’investissement pour amener des entreprises à la nécessaire « taille critique » poussera-t-elle à des capitalisations, à des regroupements d’entreprises ? Quel équilibre s’instaurera-t-il entre petites et grosses entreprises ? Surtout, comment convaincre des entreprises à investir dans un marché atone ?
En cas de reprise économique (dont l’horizon semble s’éloigner), de quelles embauches qualifiées disposeront les entreprises ? La question était déjà posée, et on connaît des lycées professionnels qui ne remplissent pas leurs classes.
Le mérite du rapport Puech réside dans sa cohérence, sa prise en compte de l’amont et de l’aval, du marché et de l’offre. L’analyse économique est rigoureuse. Ne lui manque-t-il pas son côté social, donc humain : comment convaincre un propriétaire d’exploiter sa forêt, un bailleur social de construire en bois, un jeune de s’engager dans les métiers du bois ? Le rabot est sur l’établi, il manque la main qui le poussera. |