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Aquitaine, terre de ressources

 
En Aquitaine, près d’un emploi sur cinq est lié à l’univers du bois. Et quatre communes sur cinq accueillent au moins une entreprise de la filière. Aujourd’hui, les activités issues de ses trois massifs, Dordogne-Garonne, Landes de Gascogne et Adour-Pyrénées, représentent un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros, 38 000 personnes y travaillent.

Et même si la période est aussi difficile dans cette partie du sud-ouest qu’ailleurs en France, l’Aquitaine n’a pas dit son dernier mot. Ce que confirme Stéphane Latour, délégué général de la FIBA :« La dernière assemblée générale nous a permis de faire un tour d’horizon des activités industrielles de la région. La chimie verte est un débouché d’avenir pour le pin, avec de nombreuses innovations déjà présentes sur le marché. L’univers du bois construction souffre, mais en Aquitaine, c’est celui des produits de décoration et d’aménagement, tels que les parquets et les lambris qui est mis à mal ». En se tournant vers les produits à haute valeur ajoutée issus de la chimie verte, la filière bois d’Aquitaine souhaite se construire un nouvel avenir. « Mais il ne faut pas se cantonner à un seul secteur. Tous les efforts entrepris par notre pôle de recherche Xylofutur, pour développer le bois construction ont offert de nouvelles perspectives pour le pin des Landes comme pour les autres bois aquitains. Le programme Above, consistant à abouter, c’est-à-dire à assembler des éléments de bois verts, a permis de mettre sur le marché des produits homogènes et de grande longueur ». Cette technique a d’ailleurs été mise en lumière par la passerelle Kawamata, le projet Napevomo présenté au Solar decathlon de Madrid, ou encore par le prix “ Vivons Bois ” 2010. Le projet,  Above +2 devrait, lui, franchir une nouvelle étape en créant un procédé complet, de la grume au produit semi-fini. “ Green Wood Process ”, c’est son nom, s’adresse aux entreprises de transformation du bois afin de valoriser un maximum de bois locaux dans la construction, notamment. Il devrait permettre d’accéder à de nouveaux marchés, le génie civil entre autres. Les premières réalisations-vitrines devraient prendre la forme de nouveaux bâtiments en bois, la fourniture de matériaux pour des habitations expérimentales HQE, ainsi que des bateaux éco-conçus.Mais ces expérimentations n’en sont qu’à leurs balbutiements. Pendant ce temps, des entreprises ayant pignon sur rue et de reconnaissance professionnelle sont de plus en plus en difficulté. C’est le cas de la coopérative CBA. Née en 2010 à Biscarosse, elle est composée de sept entreprises à même de proposer des contrats de construction de maison individuelle (CCMI) et une garantie dommage-ouvrage. Pascal Lorin, gérant de LORIN Pascal EURL et l’un des membres de la CBA, ne cache pas son inquiétude. « La coopérative a énormément perdu en activité depuis 2013 ; à l’échelle nationale, le nombre de permis de construire en 2014 a encore chuté, il est en recul de 30 % par rapport à 2013. C’est aussi notre situation ». La société de Pascal Lorin est avant tout une entreprise de charpentes, d’escaliers et de cabanes.  « Nous ne construisons pas de maisons individuelles, mais nous faisons de l’ossature bois ; c’est ce qui nous a donné envie d’aller plus loin. En 2005, la part de marché était énorme. Tout le monde voulait faire de la maison bois. Mais le marché a été saturé par des gens qui font n’importe quoi ; sans compter l’utilisation massive de bois provenant de l’étranger. Rien n’était encadré. Il aurait fallu réagir plus rapidement. Aujourd’hui, la clientèle est perdue en découvrant des différences de prix de 30 à 40 % en fonction des constructeurs ». À ce jour, la CBA a encore trois mois de travail d’avance. « Mais le brouillard est très épais pour 2015. Nous avons créé la coopérative pour avoir la maîtrise de la RT 2012. Nous avons suivi des formations, nos tests d’étanchéité sont réalisés par des cabinets indépendants. Nous pensions que les chantiers de rénovation nous permettraient de tenir, mais le premier semestre 2014 a été catastrophique. La coopérative représente 40 emplois… ». Professionnel du bâtiment depuis 40 ans, Pascal Lorin aimerait connaître la solution qui relacera le marché. En attendant ? « On ne déprime pas, on s’énerve. Ce sont des années de travail acharné, de beaux ouvrages dont on est fier qui sont en jeu ». Sans amertume, mais avec des regrets, Jean-Jacques Soulas reconnaît, de son côté, que la filière de la construction n’a pas comblé ses lacunes.
Cet architecte, issu d’une longue lignée de charpentiers dont il représente la cinquième génération puisqu’il est lui-même aussi compagnon charpentier, est l’un des spécialistes aquitains de la construction bois. Indépendant depuis 1999, de maison individuelle en ouvrage public comme la rénovation de la piscine de Villenave d’Ornon, ou son chantier en cours, à Casteljaloux, un casino tout en bois. « Ce sera un bâtiment aux lignes épurées, en bord de lac. La structure bois viendra s’appuyer sur les fondations d’un ancien bâti ; c’est un chantier stimulant de 14 mois, une première pour moi comme pour notre commanditaire ». Enseignant à l’École d’Architecture de Bordeaux depuis 1996, l’architecte a le souci de la transmission. « J’éprouve beaucoup de satisfaction à faire passer ce que je sais à des étudiants investis et motivés » ; pour autant, l’homme regrette que cet apport de connaissances se fasse à minima. « Dans l’intégralité des cinq années d’études, les étudiants ont moins de 20 heures de cours sur la construction bois. Dire que nous sommes en Aquitaine, territoire de forêts par excellence… ». Il y a pourtant quelques années, un cursus dévolu à la construction bois avait été mis en place en post-master. « Il s’agissait d’une formation, un master complémentaire, initié par Christian Maintrot, architecte enseignant en construction bois bioclimatique à l’École d’Architecture. Elle s’adressait à des concepteurs pluridisciplinaires, aussi bien à des architectes qu’à des plasticiens ou à des urbanistes. Mais elle a dû s’interrompre par manque de reconnaissance. Aujourd’hui, l’Aquitaine manque toujours d’un enseignement supérieur dédié à la construction bois ». Très concerné par les développements des projets Above, Jean-Jacques Soulas regrette encore que ces nouveaux produits soient si longs à se commercialiser. « Pouvoir utiliser du bois local bien côté, bien séché, cela tombe sous le sens. En Aquitaine, les débouchés en bois construction sont tout sauf négligeables. Personnellement, je serai ravi de ne plus faire appel à du bois de l’extérieur ». Il faut être audacieux, en ces temps difficiles, pour investir dans l’avenir, c’est pourtant ce que n’a pas hésité à faire la société Ami Bois en reprenant la société Serge Goacolou, installée dans le Lot-et-Garonne.« Nous la reprenons avec tous ses salariés. Serge Goacolou est toujours présent, il assure la transition ». Amar Kradchi, le nouveau directeur du site, sait qu’il dispose un nouvel outil haut de gamme. « L’entreprise Serge Goacolou, c’est du travail d’orfèvre. On y pratique l’art du trait, la taille du bois à la main ». Pour autant, l’entreprise est dotée d’une unité de production extrêmement performante, d’une flotte de camions et d’un outil de levage. « L’entreprise va nous permettre de faire le lien entre la Haute Garonne, terre d’Ami Bois, et l’Aquitaine ; nous devrions être encore plus présents sur le marché de la maisons individuelle et sur celui des appels d’offre. Nous allons pouvoir y répondre encore plus rapidement ». La société vient aussi d’obtenir la qualification RGE (Reconnu Garant pour l’Environnement) pour garantir ses travaux d’isolation. « Nous souhaitons développer le secteur de l’isolation par l’extérieur (ITE), tout en conservant notre marché de charpentes ». Être présent sur tous les terrains, c’est l’enjeu de la nouvelle entité Serge Goacolou. Surtout, et même, si nous n’avons, en ce moment qu’une visibilité limitée à quatre mois, nous venons d’attaquer le chantier d’une micro-crèche, et la reconstruction d’une maison en ossature bois sur le bassin ».

L’ Aquitaine est d’ailleurs la seule région de France où il existe un pole de compétitivité entièrement dédié aux métiers du bois. Fondé en 2005, Xylofutur a pour objectif de stimuler l’innovation et de permettre ainsi au secteur de mieux répondre aux enjeux du 21ème siècle. Les nombreux projets accompagnés par la région en sont une bonne illustration.

Source Architecture bois magazine, Numéro 64, Août-Septembre 2014
Texte : Mireille Mazurier
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