Gare de Bordeaux : du bambou en terres landaises

Afin d’offrir un meilleur confort à ses usagers, la SNCF a entièrement rénové les halls de la gare de Bordeaux. Pour les sols, le choix s’est porté sur la réalisation de planchers en bambous, plutôt que des essences locales comme le Pin des Landes ou le Chêne. Retour sur ce choix hors norme mais pleinement assumé.

Certains pourraient crier à l’hérésie : « des parquets en bambous de Chine, dans une région qui compte le massif forestier le plus étendu de France, avec les Pins des Landes ! Mais, pourquoi ?! ». En y regardant de plus près, les planchers d’une gare – comme celle de Bordeaux – subissent des contraintes que toutes les essences de bois ne peuvent supporter. Rendez-vous compte : 30 à 40 000 personnes par jour foulent d’un pied souvent pressé les allées de la gare, sans parler des roulettes des valises qui vont et viennent à un rythme effréné. Dans le hall 2, le plancher historique du salon d’honneur n’a pas résisté bien longtemps à l’assaut des voyageurs. « Cette partie a été rouverte au public en 2011, mais c’est un échec. Malgré une rénovation lame par lame et cinq couches de vitrification, le Chêne s’abîme trop vite et nous demande un entretien constant », témoigne Anne-Laure Téchené, Directrice de projet Bordeaux Saint-Jean.

Détails de la rénovation lame par lame du plancher en Chêne du salon honneur © Arbao

Une surface plus confortable et chaleureuse

Pour la rénovation des sols, l’idée est avant tout de contrer l’évolution anarchique des espaces, recentrer les points d’attente et offrir aux usagers une surface au sol plus confortable et plus chaleureuse, « avec un entretien limité », souligne Anne-laure Téchené. Une autre contrainte vient s’ajouter : celle d’une hygrométrie variable, dans un espace exposé aux courants d’air et à l’humidité. Le projet est confié au Design Lab du bureau d’études Arep. Le choix du bambou est préféré à celui, plus cher, d’un bois exotique. D’autant que le produit, fabriqué par la société hollandaise Moso International a déjà été testé dans des conditions similaires, pour l’aéroport d’Amsterdam ou encore pour le projet Grand Paris Express. « La solution Bamboo UltraDensity® est un parquet massif, fabriqué à partir de fibres de bambous compressées. Elle demande peu d’entretien, et convient aux espaces extérieurs couverts », précise Jean Pascal Costa, responsable commercial France, chez Moso.


Détails du parquet Moso® Bamboo Ultra-Density®, posé dans le hall 1, à l’anglaise © Claire Thibault

Pose à l’anglaise et à bâtons rompus

Dans la gare de Bordeaux, le produit a été posé « à l’anglaise » dans le hall 1 et la zone d’attente du hall 2, sur 20 mm d’épaisseur et « à bâtons rompus » sur 14 mm dans le hall 2. « Dans le hall 1, le parquet a été vissé sur ses lambourdes, après un décaissement du marbre d’origine. Aux extrémités, il a été posé sur structures métalliques. Dans le second cas, le parquet a été collé et les lames dimensionnées sur-mesure pour être en harmonie avec le plancher en Chêne historique, présent dans le salon d’honneur », détaille Nathaniel Simon, gérant de la société Arbao, en charge de la pose.

Détails du parquet Moso® Bamboo Ultra-Density®, posé dans le hall 2, à bâtons rompus © Arbao

Le prix de la robustesse

Le matériau présente plusieurs intérêts. Il est le seul, actuellement sur le marché, à être classé U4P4E2C2 suite à des essais auprès du FCBA et du CSTB. Le produit peut aussi bien être en contact avec le sol que sans contact (classe 1, haute durabilité, selon la norme CEN/TS 15083-1). Il est notamment classé 9,5 sur l’échelle Brinell (dureté des matériaux) contre 6 pour l’Ipé et 3,6 pour le Chêne.

Il présente aussi un bon classement au feu, puisqu’il atteint des résultats de Bfl à Dfl, selon la norme européenne. Enfin, son utilisation apporte des crédits BREEAM et LEED dans les programmes écologiques. Quant à son prix, difficile d’avoir une estimation exacte. « Nous sommes restés dans l’enveloppe budgétaire prévue par la SNCF », a assuré Anne-Laure Téchené, Directrice de projet Bordeaux Saint-Jean. « Le prix est dans la fourchette basse voire inférieur à celui  d’un bois exotique, selon les produits. C’est le prix de la robustesse », a ajouté Jean-Pascal Costa.

Zone d’attente du hall 2 en R-1 © Arbao

7,5 millions d’ha disponibles

Le dernier atout de ce bambou reste son empreinte carbone neutre, malgré un long voyage depuis la Chine. La ressource disponible est en effet conséquente, près de 7,5 millions d’hectare. Les plans, invasifs, arrivent à maturité industrielle au bout de 5 ans. « Il n’y aucune déforestation de la ressource, ce qui compense largement le transport », explique Jean-Pascal Costa. Moso International souhaite poursuivre l’expansion de son produit en France. Un produit qui pourrait venir grignoter des parts de marché en terrasse, au bois exotique. Car comme le disent souvent les acteurs de la filière bois : « à chaque bois son usage ! ». Même si, rappelons-le, le bambou est une plante…

Texte : Claire Thibault – Photo de Une : © Moso International