Paroles de Pros, Régions Alsace Lorraine Franche-Comté

A l’ EST , ça va mieux !

Alsace, Lorraine, Franche-Comté, trois régions où la construction bois est bien présente et ne s’en cache pas ! A commencer par Strasbourg : la ville capte tous les regards avec le projet emblématique Îlot Bois. Cette construction de 8600m² à vocation résidentielle, sera entièrement en bois (noyau central y compris) sur 10 étages, biosourcée et à énergie positive. Mais l’ Îlot, qui devrait être livré fin 2017, n’est que le nouveau projet phare d’un vaste territoire où les réalisations bois sont toujours plus innovantes.

A commencer par la résidence Jules Ferry du bailleur social Le Toit Vosgien, à Saint-Dié-des-Vosges. Une construction bois-paille audacieuse et précurseur avec ses huit étages, du jamais vu dans la France de 2013. Et plus récemment, cette œuvre d’art époustouflante, la structure en lamellé-collé de Sapin du Jura, made in Franche-Comté, du pavillon France de l’Exposition Universelle de Milan 2015. Autant de belles vitrines pour la filière bois et ses constructeurs, des professionnels échaudés par ces derniers mois de crise, mais plus que jamais décidés à faire   « de la belle ouvrage » !

Stéphanie Klinger Directrice commerciale BOOA

reportage-architecturebois-maison-dossier-kit-habitat-wood-house-bois-fenetre-rt2012-booa

« Ça bouge dans le bon sens. Chez BOOA, nous le ressentons déjà depuis l’an passé et c’est flagrant depuis le début de l’année. Les projets sont nombreux, plus de 50% par rapport à l’an passé. En termes de ventes, c’est pareil : fin avril, nous étions à + 50% de contrats signés ! En 2015, nous avions déjà doublé le nombre de chantiers par rapport à l’année précédente. Les gens viennent chez nous pour des projets spécifiques ; nous ne réalisons pas deux fois le même modèle même si la demande la plus fréquente est une habitation de 115-120m², avec trois chambres et un grand espace de vie.

On peut dire qu’il y a un style BOOA, une architecture contemporaine et encore plus de baies vitrées, car notre clientèle est en demande de beaucoup de lumière. Nous favorisons les m² au niveau de l’espace de vie qui fait, en moyenne, 50-55m², tandis que les chambres tendent à rapetisser. La grande terrasse avec baies vitrées est incontournable.

Mais, pour ne parler que de l’Alsace, dans une même région, le prix du foncier crée des disparités incroyables entre les projets. Il est de plus en plus courant que le prix du terrain soit supérieur à celui de la maison. Aux abords de Colmar et de Strasbourg, il n’est pas rare de trouver, dans de petites villes sympathiques, des terrains à 35 000€ l’are. Les clients ont alors à choisir entre s’éloigner de leur lieu de travail pour trouver un terrain plus abordable et faire construire la maison telle qu’ils en rêvaient, ou sacrifier quelques m² de l’habitation mais être au plus près de leur centre d’intérêt. Après, ils peuvent toujours envisager une extension plus tard.

De ce fait, nous comptons de moins en moins de primo-accédants au sein de notre clientèle alsacienne. Ce qui n’est pas le cas en Bretagne, où nous sommes également implantés : là, les primo-accédants sont bien présents, mais avec des projets de maisons plus petites, 90m².

La diversité des demandes en fonction des régions (nous sommes aussi en bourgogne et en Rhône-Alpes, fait évoluer l’ensemble de nos produits. C’est ainsi que, parce que dans la région de Chambéry, le modèle de la maison en L avec une suite parentale installée à l’extrémité, est très apprécié, nous venons de l’intégrer dans notre catalogue. Nous travaillons aussi sur de nouveaux bardages en bois thermo-chauffé et en pose à claire-voie.

Tout part de notre usine alsacienne. Nous allons d’ailleurs la compléter avec une nouvelle unité de production pour doubler le nombre de maisons qui sortent de nos ateliers. Nous en produisons trois par semaine aujourd’hui, bientôt ce sera six ».

Laurent Hell Gérant I.B.Home 3FL/ KONTIO Alsace

reportage-architecturebois-maison-dossier-kit-habitat-wood-house-bois-fenetre-rt2012-kontio

« Nous sommes installés dans le triangle Bâle-Belfort-Mulhouse. Notre clientèle est plutôt transfrontalière. Nos maisons en bois massif plaisent. Pour autant, nous n’avons pas échappé à la crise et l’année 2015 n’a pas été des meilleures. La demande était pourtant là, mais ce sont les organismes financiers qui n’ont pas voulu suivre. Les taux d’emprunt étaient extrêmement attrayants, mais les demandes de garanties bancaires beaucoup plus radicales. En exigeant 30% d’apport personnel pour faire construire une maison individuelle, il est clair que ça a dissuadé plus d’un candidat à la propriété. Dans notre région, comme ailleurs en Alsace, le prix du foncier a tellement augmenté que nous avons perdu la tranche médiane de notre clientèle, elle qui faisait construire en hors d’eau hors d’air. Actuellement, nos contrats concernent des projets de maisons livrées clé en main, et des kits pour auto constructeurs.

Lorsque le client est une famille avec deux enfants, ce n’est pas crédible de leur proposer une habitation de 70m². Ce n’est pas ce dont elle rêve. En 10 ans, dans le petit village de 300 habitants où j’habite, le prix du terrain a triplé ! Pour le même budget, aujourd’hui, on achète, en moyenne, 10 arrhes dans les Vosges lorraines et seulement un arrhe en Alsace !

Pour notre entreprise, cette période sombre a correspondu à une réduction de personnel. Désormais, dans la mesure où je n’ai que peu de visibilité sur les mois à venir, je préfère sous-traiter.

Mais depuis le début de l’année, il est évident que ça va mieux. Nous sommes une petite structure, mais nous avons quatre chantiers à venir et une grosse maison en cours de finition. De quoi occuper tout 2016 ! »

Alain Wolf Responsable commercial

VALOBOIS Constructions

« Je ne vois pas vraiment d’amélioration par rapport à l’an passé. A ce jour, nous avons suffisamment d’activité pour fluidifier nos chantiers, mais notre carnet de commande affiche une visibilité réduite à quelques mois seulement. Une partie de la clientèle s’est recentrée sur des projets d’extension. Nous en réalisons beaucoup plus qu’avant, mais cela ne permet pas de compenser la diminution de gros chantiers. Pour cette clientèle, l’extension est la formule adoptée pour se donner plus d’espace dans une habitation où l’on se sent à l’étroit tout en restant dans le budget prévu. D’autant que s’il s’agit d’un changement de destination d’un local existant, type garage ou grange accolée que l’on transforme en pièce habitable, ou encore l’aménagement de combles existants sans surélévation du toit, il n’y a pas d’obligation à se mettre en conformité avec la règlementation thermique RT 2012.

Ces nouvelles normes, justement, ont leur part de responsabilité dans la baisse de chantiers. Ces performances thermiques qui ont été imposées à tous les bâtiments neufs ont engendré un surcoût non négligeable qui a incité une partie de la clientèle à se rabattre sur un achat dans l’existant. Avec la baisse des prix de vente dans l’ancien, et le taux d’emprunt bancaire pratiqué ces derniers mois, plus toutes les aides dont l’Etat fait bénéficier les candidats à la rénovation, il est clair que le marché du neuf, constructions bois ou traditionnelles, n’est pas favorisé. Valobois existe depuis 1972. Nous avons connu des périodes plus ou moins moroses, ou euphoriques. Mais, aujourd’hui, la clientèle agit différemment, prend plus de temps à réfléchir. Pas toujours pour les bonnes raisons, comme lorsqu’elle met les entreprises en concurrence exagérément, allant jusqu’à demander sept devis. Le prix justifie tout, encore faut-il savoir analyser ce qu’il contient. Une maison, c’est un achat qui doit être mûrement réfléchi. Partout, sur l’ensemble de l’hexagone, nous avons vu arriver des vendeurs de maisons bois dont on peut douter des connaissances. Je pense qu’il faudrait réguler le nombre de professionnels de la construction bois par une obligation de connaissance du système constructif. Mieux encore, les « commercialisants » devraient être obligatoirement constructeurs-fabricants pour pouvoir apporter le maximum de professionnalisme et de garanties ».

Philippe Gouget Gérant

ALD CONSTRUCTION BOIS

reportage-architecturebois-maison-dossier-kit-habitat-wood-house-bois-fenetre-rt2012-ald

« Le premier constat concerne la clientèle. Hors zone frontalière, les primo-accédants ont quasiment disparu au profit des couples de quinquagénaires revendeurs d’une première maison. Ils viennent nous voir avec un nouveau projet de vie. Il est vrai que nous ne sommes pas sur le marché des premiers prix, avec des budgets autour de 180 000€. Notre clientèle vient avec une enveloppe deux fois plus importante. Nous retrouvons alors des primo-accédants, mais il s’agit de couples dont au moins l’un des deux travaille en Suisse. Là-bas, les salaires sont plus importants.

Mais, cette année, la part de maisons individuelles ne devrait représenter que 50% de notre chiffre d’affaire. Ce sont nos autres activités, la charpente et la réalisation de bâtiments tertiaires, qui nous permettent de rester à l’équilibre. Je suis encore très prudent quant à la reprise du marché de la maison individuelle. Depuis le début de l’année, les contrats rentrent, c’est un fait ; mais je trouve le mouvement encore timide. Difficile d’avoir une vision à long terme. Même si à l’échelle nationale, le marché repart, comme me l’a confirmé récemment le représentant d’un organisme garant des contrats CCMI, cela dépend vraiment des régions. Et parfois, au sein de ces zones, il y a aussi des différences. Chez nous, en Franche-Comté, autour de Besançon, de Lons-Le-Saunier, rien ne bouge. Tandis que sur la bande de 50km à l’intérieur de la zone frontalière, côté français, il y la clientèle pour investir dans des terrains dont le m² avoisine les 200€ et faire construire dessus. Cette zone tire les chiffres et déforme la réalité. Pourtant, on a eu l’impression, ces deux, trois, dernières années que le marché repartait, puis plus rien n’a bougé. Aujourd’hui, entre collègues, nous devons faire face à une nouvelle tendance : celle du client qui demande une étude de projet tous azimuts. Au final, il se retrouve avec une dizaine d’études difficilement comparables dans lesquelles il est perdu.

Cette mise en concurrence et le manque de volume provoquent une dégringolade des prix. Pour se positionner, certaines entreprises ont recours à de la main d’œuvre détachée des autres pays d’Europe dont les principaux atouts, ce sont des charges sociales et salaires bien inférieurs à ce que nous payons en France… »

Grégory Myotte-Duquet Co-gérant

COOPERATIVE DE CONSTRUCTION BOIS/MYOTTE DUQUET CHARPENTEreportage-architecturebois-maison-dossier-kit-habitat-wood-house-bois-fenetre-rt2012-myotte-duquet

« Lors de la dernière réunion de l’interprofession, l’ADIB, nous avons appris que les difficultés vécues par la filière bois en Franche-Comté, en 2015, avaient particulièrement impacté deux secteurs : Celui des scieries et celui des fabricants de meubles-cuisinistes. Pour la construction bois, 2015 a aussi été une année compliquée. Nous avons vécu la crise avec un décalage du fait de notre dépendance à l’économie suisse. Mais en Suisse aussi, il y a eu des tensions, des licenciements ; les gens sont devenus plus frileux, notamment dans la réalisation de gros projets comme l’achat ou la construction d’une maison. La conséquence, c’est que nous voyons arriver les suisses côté français. Il leur est plus facile d’acquérir un terrain chez nous. Entre 180€ le m² français, et 750€ le m² helvète, le choix est vite fait. D’autant qu’en Suisse, le foncier est de plus en plus rare. Un exemple, nous venons de terminer un programme de quatre maisons résidentielles dans le Doubs : Trois sont déjà réservées par des familles suisses !

Mais parmi les demandes que nous recevons, il y a de plus en plus de projets d’extension. Cela va de 15m² à 100m², de 30 000€ à 200 000€. Ce sont des travaux sur-mesure, qui nécessitent beaucoup d’études techniques quel que soit le budget du projet. Nous aussi, nous nous sommes aperçus du changement de comportement d’une certaine partie de la clientèle. Certains arrivent même avec des plans et nous demandent d’établir un devis sur ces bases. Mais ce ne sont pas des professionnels, ils ne peuvent pas tenir compte de tous les paramètres. Les premiers échanges que nous avons avec des clients potentiels, nous permettent de comprendre si la demande va au-delà du simple devis. Ce n’est que lorsque nous constatons que le projet est sérieux que nous commençons à travailler sur l’avant-projet. Désormais, toute demande de conception est facturée. C’est une question de principe et de reconnaissance professionnelle. Nous travaillons avec des dessinateurs extérieurs qui facturent leur prestation directement au client.

Notre domaine a toujours été la maison haut de gamme, une niche de plus en plus petite, d’où la nécessité d’étendre notre zone d’activité. Le « made in Franche-Comté » est synonyme de qualitatif et de bon rapport qualité-prix. Du Pays de Gex à la Savoie, le pas a été franchi et nous y avons installé un bureau depuis peu. En faisant le compte, avec un carnet de commandes en chantiers de rénovation complet pour l’année, un autre en maisons individuelles qui suit le même chemin, et le doublement de nos équipes de chantiers, même si, pour l’instant, l’embauche en CDI n’est pas d’actualité, 2016 sera vraiment meilleure ».

Texte Architecture Bois- Mireille Mazurier

Retour haut de page

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer