Rhône Alpes

Au sein de la Fédération Forêt Bois Rhône-Alpes (FIBRA), deux interprofessions, Inter Forêt-Bois 73 et Fib 74,  font l’actualité de cette rentrée, et insufflent une nouvelle énergie à toute la filière à travers la création du Pôle Excellence Bois-Pays de Savoie.

La filière bois des Pays de Savoie (deux interprofessions), - 390 000 ha de forêts, 480 000 m3 de bois d’œuvre récoltés par an, 4 000 entreprises -, représente le tiers de la filière rhône-alpine, la plus importante de France. C’est à Rumilly que le Conseil Général de Haute-Savoie a installé le Pôle. Depuis trois ans, l’Assemblée des Pays de Savoie, en partenariat avec l’État et le Conseil régional de Rhône-Alpes qui le finance à 50 %, avait décidé de mettre en avant le développement de la forêt et de la filière bois. La vocation du Pôle est de développer l’innovation en réunissant l’ensemble des acteurs au travers de nombreux projets sur la forêt, le bois énergie et le bois construction qui compte déjà un programme novateur appellé “ Performance Bois ”. À destination des professionnels du bâtiment, il s’agit d’un programme concret, dont Nicolas Rosset est le chargé de mission. “ Le projet a été initié en collaboration avec FIBRA, le CNDB et diverses entreprises du bâtiment. Le but est de réaliser un espace d’échanges et de formation de 1 200 m², où pourront se rencontrer les acteurs de l’acte de construire (entreprises bois, architectes, bureaux d’étude et de contrôle, maîtres d’ouvrage, etc.). Des systèmes constructifs en bois seront réalisés pour présenter les solutions conformes aux exigences réglementaires. Ils permettront d’assurer la transversalité entre les métiers en matière de prescription, de performance et de formation ”. Les travaux seront engagés dès cet automne. “ Les formations dispensées s’adressent à tous les acteurs du bâtiment, afin de les sensibiliser à la construction bois et à ses spécificités ; nous avons pour ambition de faire tomber les barrières techniques, psychologiques et économiques relatives au bois ”. Le programme est d’ores-et-déjà appelé à se développer au-delà des frontières, favorisant l’échange de savoir-faire avec les interprofessions suisses (spécialisées dans la thermique) et italiennes (grandes utilisatrices de bois de châtaignier) ou encore allemandes. Comme le souligne Dominique Sardet, le président de FIBRA, “ la fédération est le lieu de décision de la stratégie régionale ; elle s’appuie sur son réseau d’interprofessions départementales pour la déployer et la mettre en œuvre. Désormais, elle pourra compter sur le pôle d’excellence bois ”. Pour Vincent Mercier, chargé de mission de FIBRA, il est temps d’agir. “ La conjoncture économique a fini par rattraper le secteur bois construction, comme le montre la note trimestrielle établie par la fédération. Notre chiffre d’affaires a chuté en 2012, même si notre secteur se porte mieux que d’autres ”. Grâce au plan régional 2009-2013, de multiples actions ont été menées. D’ici la fin de l’année, un forum/formation sur l’Isolation Thermique Extérieure (ITE) se déroulera courant novembre, en Isère. Il contribuera à la campagne d’information nationale sur la réhabilitation des maisons individuelles avec le bois. À cet effet, le FCBA a élaboré un guide destiné aux professionnels. De plus, FIBRA, au sein de “ France Bois Régions ”, travaille déjà avec le CNDB et le Ministère du Logement, à la définition d’un programme à destination des maîtres d’ouvrage afin de favoriser l’ITE dans les logements collectifs. Des outils indispensables car, au sein des professionnels, la mise en place de la RT 2012 ne fait pas l’unanimité. Eric Thébaud, responsable de la filiale France d’ArticHouse n’est pas un novice en construction bois. Depuis 15 ans dans la construction en bois massif, il se lance dans le défi relevé pas sa maison mère : la construction en poteaux-poutres, destinée à compenser le rétrécissement du marché de la maison en bois massif en Europe, suite à la mise en place des nouvelles exigences thermiques. “ En Allemagne, comme en Finlande, pays d’origine d’ArticHouse, cela fait déjà quelques années que la maison en bois massif perd des parts de marché. En tant que constructeurs bois, nous devons nous adapter ”. Aussi, afin de répondre à ces nouveaux enjeux, le groupe, qui fêtera ses 40 ans l’an prochain, a mis en place une nouvelle ligne de production dédiée à la structure poteaux-poutres, conforme avec la RT 2012 et à un prix légèrement inférieur à celui d’un habitat en madriers. “ La réglementation thermique fait débat au sein de notre clientèle, entre ceux qui s’y plient et se retrouvent dans les économies et les déçus, ce sont les amoureux du bois massif qui se satisfont mal d’un mur-sandwich ”. Car si la RT 2005 n’était qu’incitative, la RT 2012 est une obligation. Depuis le 1er janvier 2013, la loi prévoit une amende de 45 000 euros pour tout maître d’ouvrage contrevenant jusqu’à trois ans après sa construction. Annoncée de longue date, certains professionnels avaient anticipé cette évolution bien en amont. C’est le cas de David Monard, charpentier-menuisier et constructeur d’ossature bois en Savoie qui s’appuie sur la RT 2012 depuis quatre ans. “ Auparavant, nous travaillions en contreventement extérieur et faisions appel à un plaquiste. Aujourd’hui, nous travaillons en contreventement intérieur et nous réalisons nous-mêmes toute l’isolation de l’habitation ”. Sensibilisée à l’étanchéité à l’air, l’entreprise a mis au point un système constructif dans lequel les jonctions sont particulièrement soignées. Mais bien que la demande ce soit affinée en matière d’isolation, personne ne lui a encore demandé de maison passive. “ Un habitat passif nécessite plus d’isolation, et engendre un surcoût par rapport à une structure RT 2012 ; de plus, habiter dans du passif, signifie devoir en respecter les nombreuses contraintes. Lorsque la facture en chauffage ne dépasse pas 800 euros par an, l’intérêt du passif n’est pas flagrant ”. Elisabeth Duval, architecte dplg et co-gérante d’Améo Construction a fait la même constatation. “ Nous étions déjà sur de la performance poussée, mais avec la RT 2012, nous sommes revenus en arrière. Nous avons été contraints de modifier nos choix d’équipements. Auparavant, l’isolation en 240 mm, la bonne orientation de la maison, les vitrages performants, l’inertie thermique dimensionnée, nous permettaient de chauffer nos maisons avec un poêle à bois. Aujourd’hui, la réglementation limite l’usage du poêle à bois à 100 m². Au-delà, il est obligatoire d’avoir un chauffage complémentaire ; bien souvent une PAC, groupée avec un poêle à granulés. Tous ces équipements ont un coût. Mais pour qu’ils ne deviennent pas des surcoûts, tout en restant conforme au calcul réglementaire, nous avons revu tous les paramètres techniques, en diminuant les performances de certains équipements, nous remettant ainsi dans des constructions plus traditionnelles ”. Surfant sur la même vague de reproches, Thierry Alicot, architecte dplg et gérant de Preo Architecture, invite à une certaine simplicité. “ Le bioclimatique n’a rien de révolutionnaire, ce n’est que la version contemporaine d’un bon sens ancestral et il est tout à fait normal que j’y fasse appel. En 20 ans, toutes les habitations que j’ai dessinées, et faites construire, ont été réalisées selon une démarche écologique dont les notions sont contenues dans la conception. Aujourd’hui, les qualités du bois en construction sont reconnues ; mais les calculs exigés par la nouvelle réglementation thermique ne tiennent pas compte de ses particularités. On ne peut pas tenir compte de l’inertie dans le calcul thermique d’une maison bois ! ” De tels témoignages ne font que confirmer la nécessité des actions de la fédération interprofessionnelle, d’autant qu’à la question de l’utilisation du bois local, la réponse de ces professionnels est unanime : les démarches entreprises en région sont bonnes, mais il faudra encore du temps pour obtenir un bois bien sec, capable de rivaliser avec le pin du nord. À cela s’ajoute l’esthétique ; le bois de chartreuse, riche en nœuds ne séduit pas en pose extérieure. En revanche, il a toute sa place en utilisation masquée, en charpente notamment. Et si la plupart font appel au mélèze de Sibérie, certifié PEFC, certains s’intéressent au mélèze méditerranéen, performant en menuiserie. Dans un tel cadre, nul doute que le Pôle d’Excellence Bois-Pays de Savoie ait un rôle à jouer. La filière bois/éco-construction doit encore davantage s’industrialiser et se moderniser pour devenir compétitive.

Source Architecture bois magazine, Numéro 58, Octobre-Novembre 2013
Texte : Mireille Mazurier
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