Filière bois étude

Filière bois : les dérèglements environnementaux font peser des risques économiques importants

Selon un rapport, publié par Reforest’Action*, les dérèglements climatiques font peser des risques socio-économiques importants sur la filière bois. En l’absence de mesures, les forêts européennes pourraient perdre jusqu’à 50 % de leur valeur économique, soit par une perte brutale du peuplement ou par une régression de la productivité biologique des arbres. Explications.

Quelque 20% des forêts françaises sont touchées chaque année par des aléas abiotiques (tempête, sécheresse…) et biotiques (insectes ravageurs, champignons pathogènes…). À eux seuls, les aléas biotiques entraînent une perte annuelle de l’ordre de 2 milliards d’euros, soit plus que la valeur marchande du bois commercialisé en 2014, qui s’élevait à 1,9 milliard d’euros.

Ces chiffres, publiés par Reforest’Action ce jeudi 22 novembre, montre que la santé de la forêt française (17 milliards d’hectares, 4e rang du classement européen)  reste précaire. D’autant que les prévisions des climatologues indiquent qu’elle sera soumise non seulement à « une aggravation continue de la fréquence et de l’intensité moyenne des sécheresses d’ici 2100 » mais aussi à un risque accru d’incendies, de tempêtes et d’attaques d’ insectes et de champignons nuisibles.

« Rassemblés, ces facteurs pourraient accroître le risque d’une diminution du stock, de la qualité et de la valeur du bois sur pied », alertent les auteurs du rapport. Ces évolutions pourraient ainsi, « en l’absence de mesures efficaces, déprécier de 14 à 50 % la valeur des forêts européennes, ce qui se traduirait par une perte potentielle de plusieurs centaines de milliards d’euros dont une partie serait essuyée par la France ».

La filière bois directement impactée

Face à ces risques, la filière bois et ses 400 000 emplois sont en première ligne. « La demande de conifères est majoritairement stimulée par le secteur de la construction, principal débouché actuel des produits bois. Elle devrait d’ailleurs s’intensifier dans les prochaines années puisque l’on anticipe une hausse de 20% d’ici 2020 des parts de marché de la construction bois en France, tant en matière de bâti neuf, de rénovation que de surélévation urbaine », selon les prévisions issues du « Plan recherche et innovation 2025 » de la filière forêt-bois, réalisé par l’Inra et l’IGN et publié en avril 2016.

De plus, la filière entend bien se dynamiser à travers son Programme national de la Forêt et du Bois (PNFB). Ce plan table notamment sur la mobilisation de 12 millions de m3 de bois supplémentaires d’ici 2026. Or, « ses acteurs craignent un risque d’effondrement d’ici 2030 de la disponibilité d’essences résineuses, majoritairement utilisées pour le bois industrie et le bois d’œuvre, et dont 90 % de production biologique annuelle est actuellement collectée », note le rapport. Voire une dépendance accrue à l’importation des essences de résineux dans les 15 prochaines années.

Les propositions de Reforest’Action

Face à ces enjeux, l’entreprise Reforest’Action milite pour l’adoption d’un socle commun de multifonctionnalités. « S’appuyant sur la diversité en tant qu’alliée, ce Socle est un ensemble de principes applicables lors de la plantation ou de la régénération d’un peuplement forestier visant à garantir sa capacité de fourniture durable de services écosystémiques, de résistance, d’adaptation et de résilience aux dérèglements environnementaux actuels et futurs », explique Stéphane Hallaire, président-fondateur de Reforest’Action.

Rapport publié par Reforest’Action

L’entreprise préconise de diversifier systématiquement les essences au sein d’une parcelle, afin de renforcer leur résistance au changement climatique. Elle propose également de maintenir sur la parcelle des éléments servant d’habitats à la faune et la flore locale.

« La diversité génétique d’un peuplement est reconnue comme étant un facteur essentiel d’adaptation », explique-t-elle. « Ainsi, la diminution de 10% des espèces d’arbres au sein d’un massif, réduit de 2 à 3 % sa productivité ». Actuellement, la forêt française compte 126 essences différentes, mais 84 % des forêts plantées restent composées de peuplements monospécifiques.

L’autre grand enjeu est de maintenir la séquestration du carbone, dans les sols forestiers. Le stock est estimé à 1 milliard de tonnes de CO2, soit près de 50 % du carbone forestier hexagonal. Or, la mise à nu du sol, découlant des coupes rases et le labour précédant la plantation d’arbres entraînent un relargage de ce carbone, indique le rapport.

Outre ces mesures systématiques, Reforest’Action préconise des mesures plus facultatives, comme la sélection « prudente » d’essences, issues d’autres pays, pour diversifier le peuplement. Il évoque aussi la possibilité de choisir des essences qui, en association sur une même parcelle, seraient plus résistantes face aux aléas et au réchauffement.

Toutefois, de nombreuses incertitudes demeurent quant à l’évolution du peuplement forestier, face aux évolutions annoncées. « Il n’existe à ce jour aucun guide pratique de gestion sylvicole en termes de changements climatiques », rappelle l’étude.  Les experts préconisent donc d’agir « au niveau local », par des programmes d’informations et d’aides à la décision, à l’échelle de la parcelle. Une gestion souple, permettant des réorientations faciles et l’innovation technique seront sans doute les clés pour tempérer les risques, conclut le rapport.

Photo : Wikimedia Commons – Arnaud 25


*Reforest’Action se présente comme une entreprise, luttant contre la déforestation et œuvrant à la protection de l’environnement. Elle a été fondée en 2010 par Stéphane Hallaire. Ce rapport, publié le jeudi 22 novembre 2018 est « le fruit d’une revue et analyse de plus de 150 sources. Parmi elles figurent des études scientifiques, des rapports et enquêtes ainsi que des articles et dossiers spécialisés. A quoi s’ajoutent des références juridiques et autres articles de presse. L’intégralité de son contenu a été relu et consolidé par les membres d’un comité de relecture dont la diversité témoigne de notre désir d’ouverture et de coopération constructive ».

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