Dossier région Grand-Est

Paroles de Pros, Grand-Est

Conscient que le succès de la construction bois se joue aussi à l’échelle régionale, au plus proche des clients, Architecture Bois interroge à chaque numéro les acteurs qui contribuent au dynamisme de la filière. Ce mois-ci, les entreprises Maisons booa, Valobois et Chalets Décobois, nous livrent leur vision du marché et de ses évolutions…

Stéphanie KLINGER
Responsable communication
Maisons booa

« Nous avons de grands projets pour 2020. Les ateliers booa ont déménagé à 10 km du siège. Le nouveau site de Châtenois est complètement dédié aux maisons booa. Le bâtiment est spacieux : 7500 m². Nous avons une réserve de terrains constructibles, les machines sont déjà en place même si elles ne fonctionnent pas encore à plein régime : c’est une nouvelle page que nous allons écrire au sein du groupe Burger & Cie. Le moment est propice pour se renouveler.

Lorsque nous avons commencé, en 2011, nous proposions des maisons haut de gamme, différentes de ce qui se faisait alors. Nous nous démarquions par un design audacieux. Aujourd’hui, il nous faut aller encore plus loin. Nous sommes en train de préparer des maisons encore plus contemporaines, plus “archi”. Un exemple, la “casquette” de nos maisons va être affinée grâce à l’utilisation de nouveaux systèmes d’isolation. Nous allons pouvoir proposer des porte-à-faux plus importants grâce aux process de fabrication que nous sommes en train de mettre en place dans nos ateliers.

En 2020, nos maisons auront un nouveau look à l’extérieur comme à l’intérieur. En allant encore plus loin dans l’industrialisation, nos maisons n’en resteront pas moins personnalisables. Mais plutôt que de sous-traiter certains travaux à l’extérieur, nous allons tout recentrer dans nos nouveaux locaux. Cela concerne notamment la préfabrication de nos salles de bains. En maîtrisant à 100 %, la réalisation de nos maisons, nous allons aussi réduire les temps de chantier. De la nouveauté en gagnant en responsabilité vis-à-vis de notre clientèle, sans aucune augmentation de nos prix.

Cette nouvelle organisation va se mettre en place au moment où la nouvelle réglementation énergétique arrive. Nous allons faire au mieux et anticiper avec les rares données que certains experts avancent. Nos maisons affichant déjà un très bon calcul thermique, nous allons nous intéresser aux réductions de gaz à effet de serre. Les prochaines maisons booa ne seront pas seulement encore plus belles, elles seront aussi plus performantes ! »

Alain Wolf
Technico-commercial
Valobois

« Nous sommes très heureux du métier tel que nous le pratiquons depuis 44 ans. L’expérience nous a façonnés. Nous construisons peu de maisons, mais nous essayons d’accompagner nos clients au maximum, d’autant qu’avec toutes les évolutions techniques, les apparitions de nouveaux matériaux, les réglementations thermiques, il y a de quoi être perdu et ne plus savoir quoi et comment choisir.

L’esprit chalet, c’est ce qui a fait démarrer la demande dans les Vosges. Aujourd’hui, les gens viennent attirés par une mode, celle de la construction bois : parce qu’elle est devenue plus visible, qu’on en parle de mieux en mieux, qu’elle correspond à une époque. Beaucoup viennent se renseigner. On nous demande de travailler sur des projets, sans pour autant en avoir les retombées. Les études sont gratuites et les gens en abusent, souvent. Bien sûr, la concurrence était moins forte il y a 20, 30 ans. Mais, aujourd’hui, on trouve plus de commerciaux qui parlent bien que de vrais constructeurs bois. N’importe qui peut s’afficher maître d’œuvre, dessiner des plans, et faire appel à des artisans pour pouvoir construire la maison. Aucune formation particulière n’est demandée pour faire valoir la maîtrise d’œuvre.

Valobois, ce sont 15 salariés représentant presque tous les corps de métiers, hors maçon et plombier. Le nombre de nos chantiers fluctue entre 20 et 30 par an, maisons et extensions confondues (souvent plus compliquées à réaliser que le chantier intégral d’une maison neuve). Nos maisons sont représentatives de notre savoir-faire, nous ne vendons pas sur catalogue. Nous ne sommes pas Cmistes non plus. C’est un choix qui correspond à la réalité du marché : la maison clé en main se fait plus rare car les budgets ont fondu. Beaucoup de nos clients participent à la réalisation de leur maison, en se réservant souvent les travaux de second œuvre.

Je trouve que notre profession devient de plus en plus difficile. Il faut se remettre régulièrement en question. Ce n’est pas parce que l’on a 40 ans de métier que l’on est pris au sérieux plus qu’une autre entreprise qui n’a que 4 ou 5 ans d’existence. Parce que nous faisons du sur-mesure, nous avons besoin de temps, comme n’importe quel architecte, avant d’arriver à la version définitive. Les informations évoluent, aussi bien celles des clients dont les besoins s’affinent au fil des réflexions, que les éléments techniques et administratifs qui arrivent au fur et à mesure. Nous vivons à une époque où l’on croit trouver réponse à tout, en un clic. Mais beaucoup oublient qu’une maison, c’est un engagement de plusieurs dizaines d’années. Rien ne doit être négligé pour bâtir un lieu de qualité.

Les clients sont centrés sur leur budget, l’argent reste le nerf de la guerre ! Mais entre la maison rêvée et le budget qu’ils peuvent lui consacrer, l’adéquation n’est pas forcément au rendez-vous. Il faut alors faire preuve de bon sens, même si la quête du prix peut aveugler. Car, une fois la décision prise, il n’y a plus qu’à en accepter les conséquences. L’exemple le plus courant, c’est celui de personnes qui font appel à un constructeur éloigné, qui fait fabriquer les éléments à l’étranger, et souvent confie le montage à l’équipe qui vient effectuer la livraison sur site. Ce sont des clients qui s’étonnent de ne pas avoir des interlocuteurs au fait de toutes les règles pour mener à bien leur projet tant administrativement que techniquement. Il est beaucoup plus sérieux de s’adresser à une entreprise qui fabrique elle-même, assure le montage et garantit l’intégralité du produit posé. Il y a pourtant tellement d’entreprises locales de qualité. Il est loin, le temps où nous n’étions en concurrence qu’avec nos voisins ! »

Jean-Baptiste Jeandel
Co-gérant
Chalets Décobois

« Nous sommes déjà sur le carnet de commandes de 2020, qui sera sûrement une bonne année. Nous n’avons pas d’inquiétude pour celles à venir. Ce qui nous intéresse, c’est de rester sur une quantité raisonnable de chalets tout en progressant dans la qualité, dans le haut de gamme. L’entreprise emploie 14 salariés et nous réalisons une dizaine de chalets par an. Certains sont livrés clé en main et d’autres, en formule hors d’eau-hors d’air, dont le second œuvre sera pris en charge par le client. À cela s’ajoutent quelques chantiers de rénovation sur d’anciens bâtiments qui seront entièrement relookés.

Nous sommes reconnus pour la qualité de notre travail du bois et, notamment, l’utilisation de vieux bois. C’est une tâche pour laquelle nous ne pouvons pas utiliser de machine à commande numérique. Tout se fait à la main. Les poutres que nous réutilisons proviennent d’anciens bâtiments centenaires dont la plupart ont été taillés à la main. Nous n’en conservons que les parties saines que nous associons à du bois neuf. Depuis quelque temps, nous constatons un engouement pour le vieux bois. Ce dernier est utilisé principalement en décoration intérieure, sous formes de bardage, fausses poutres, solivages et mobilier. C’est un beau travail, qui nécessite une main d’œuvre qualifiée, du temps et de la réflexion.

Pour autant, nous ne vivons pas dans le passé. Nous travaillons en parfaite cohérence avec les réglementations. Nous avons suivi l’évolution des normes (RT2012). En association avec un bureau d’études thermiques, nous définissons les épaisseurs d’isolant ainsi que le mode d’étanchéité à l’air. Dans la perspective de la nouvelle réglementation environnementale, nous sommes prêts à poursuivre cette évolution en devenant plus exigeants pour nous-mêmes et pour nos partenaires, de petites entreprises locales (menuiseries extérieures/intérieures, plomberie, électricité, carrelage…) avec lesquelles nous travaillons depuis plusieurs années.

Depuis la création de l’entreprise, par mon oncle, en 1991, les évolutions n’ont pas manqué. Nous avons mis en place un bureau d’étude structure et architecture. À ce jour, nous ne travaillons plus à l’épure, mais sur des logiciels de rendu 3D qui permettent aux clients d’apprécier leur projet dans la quasi-réalité. Nous avons conscience de devoir, bientôt, franchir une nouvelle marche avec l’arrivée de la RE 2020. Mais nous avons pris l’habitude d’évoluer, de ne pas rester sur des acquis ».

Source : ABD 94 (octobre/novembre 2019) – Propos recueillis par Mireille Mazurier

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