La Halle Pajol

Située dans le 18ème arrondissement de Paris, la Halle Pajol, ancienne halle SNCF construite en 1926, devenue une friche industrielle avant d’être rachetée par la Ville de Paris en 2004, a fait l’objet en 2007 d’un concours de réhabilitation remporté par Jourda Architectes Paris en 2008 .

Inaugurée en septembre 2014, la Halle Pajol est accessible depuis l’esplanade et la rue Riquet du quartier de La Chapelle. Déployée sur 9 500 m², la Halle, sous ses airs de dame de fer et de dame de bois, dévoile un jardin public partiellement abrité par les bras métalliques de la nouvelle structure. Bouleaux, cèdres, nénuphars dans les bassins de rétention, fleurs sauvages…au milieu des voies, là où l’industrie l’avait oubliée, la nature a repris ses droits.

Car la Halle Pajol siège désormais au cœur de la Z.A.C. et de l’éco quartier en cours d’aménagement. Aujourd’hui, la Halle Pajol ne voit plus passer de voyageurs pressés et chargés. Au contraire, elle voit défiler des riverains en quête de partage et de savoir. En effet, la Ville de Paris a choisi de transformer ce haut lieu de passage en haut lieu culturel et social en préférant y implanter une bibliothèque portant le nom de Václav Havel, une salle d’assemblée-spectacle, des commerces, des locaux d’activités, des bureaux et aux deux étages supérieurs, sorte de clin d’œil heureux et nostalgique, une auberge de jeunesse logeant plus de 300 lits.

Ainsi transformée pour de nouveaux usages, la Halle Pajol marque architecturalement l’exemple « d’une démarche de développement durable poussée au maximum dans le respect de l’histoire du site et du patrimoine existant ». Inscrit dans cette logique, le jardin public accueille un espace partagé « où les habitants du quartier cultivent des plantes potagères et toutes sortes de fleurs ». Consciente des enjeux, Françoise-Hélène Jourda imagine alors un bâtiment à énergie positive répondant parfaitement au cahier des charges émis par la Ville de Paris et Semaest, les maîtres d’ouvrage.

Unis les uns aux autres, le bois, le béton et le métal élaborent alors un dialogue triangulaire mi-contemporain, mi-industriel. Afin de « préserver l’intégrité, l’indépendance et la valeur historique et patrimoniale de la », l’architecte est simplement venue glisser sous la charpente métallique les nouveaux bâtiments dont les dalles sont en béton et les façades et les murs porteurs sont en bois. « Présent en toiture, en charpente, en ossature, en structure verticale, dans les escaliers, les mains courantes, les portes, etc. – le bois issu de forêts éco-gérées, exprime ici toute l’étendue de ses capacités à la fois structurelles tout autant qu’en termes d’aspect et d’ambiance ».

Hors menuiseries, ce sont plus de 700 m3 de sapin du nord blanc, épicéa, mélèze et pin sylvestre qui participent au projet de la Halle Pajol. Par ailleurs, la réhabilitation de sa structure métallique et des sheds orientés plein sud de la toiture a permis d’installer 2 000 panneaux solaires ; à ce jour, la plus grande centrale solaire photovoltaïque de France en milieu urbain ! Au rang des énergies renouvelables : panneaux d’eau chaude sanitaire, récupérateurs de calories, puits canadien, etc. Finalement, ainsi réhabilitée, la Halle Pajol retrouve sa foule contemplative.

Texte : Laurène Delion Photos : © Axel Tilche-Dahl / © 11h45

Source : Architecture Bois & dépendance n°60, p. 90-91